Décision du CSCA n°27-09 Du 15 rajab 1430 (08 juillet 2009)
Relative à la demande dordonner la diffusion dune réponse
par lAssociation Marocaine des Droits Humains
Le Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle,
Vu le Dahir n°1-02-212 du 22 Joumada II 1423 (31 août 2002) portant création de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, tel que modifié et complété, notamment ses articles 3 (alinéa 8), 5, 11 et 12 ;
Vu la loi n° 77.03 relative à la communication audiovisuelle promulguée par le Dahir n° 1-04-257 du 25 Kaada 1425 (7 janvier 2005), notamment son préambule et ses articles 3, 4, 8 et 10;
Vu le cahier des charges de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT), notamment son préambule et ses articles 123 (1er paragraphe) et 125 (1er paragraphe) ;
Après avoir pris connaissance de la demande dordonner la diffusion dune réponse, datée du 18 mars 2009 et introduite, le 1er avril 2009, par lavocat de lAssociation Marocaine des Droits Humains (AMDH) contre la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT), au sujet de propos diffusés lors de lémission « Hiwar » du 16 décembre 2008, dont linvité était Monsieur Ahmed Herzenni, le Président du Conseil Consultatif des Droits de lHomme (CCDH) ;
Après avoir pris connaissance de la réponse de la SNRT reçue, le 22 avril 2009, par la Haute Autorité de la communication audiovisuelle ;
Après avoir pris connaissance des documents relatifs à linstruction établis par la Direction Générale de la communication audiovisuelle à ce sujet ;
Après en avoir délibéré :
Attendu que larticle 5 du Dahir n°1-02-212 du 22 Joumada II 1423 (31 août 2002) portant création de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle dispose que : « Le conseil supérieur de la communication audiovisuelle peut imposer aux entreprises de communication audiovisuelle la publication de mise au point ou de réponse à la demande de toute personne ayant subi un préjudice, à la suite de la diffusion d'une information portant atteinte à son honneur ou qui est manifestement contraire à la vérité » ;
Attendu que lAMDH a introduit, le 1er avril 2009, une demande dordonner la diffusion dune réponse contre la SNRT dans laquelle elle considère que « lémission « Hiwar » du 16 décembre 2008 comportait une attaque, de graves accusations, des violations de la loi et des atteintes à létique, au rôle du paysage médiatique et à lhonneur de lAssociation, ce qui constituerait une altération de la vérité à même dinduire lopinion publique en erreur » ;
Attendu que les propos du journaliste Jamal Hachem, visés par lAssociation demanderesse et tels que rapportés par elle dans sa requête, se présentent comme suit :
« Je suis content dinterviewer Monsieur Ahmed Herzenni, le symbole dun groupe de militants qui ont fait le point sur leurs propres expériences et lexpérience du Maroc et sont passés à la phase de construction. Je sais que Monsieur Herzenni est partisan du proverbe chinois qui préconise dallumer une bougie au lieu de maudire lobscurité sur cette base et en partant de lapproche politique des droits humains, je voudrais vous demander :
Le Maroc a réalisé plusieurs acquis, la société civile devrait toujours, en principe, soutenir ce qui est positif. Mais, malheureusement, le paysage associatif au Maroc est en quelque sorte étrange, car les droits sont perçus selon une optique partisane très étroite. Je vous donne un exemple : Lévaluation étroite faite par lAssociation Marocaine des Droits Humains qui voit tout en noir. Quelques jours auparavant, sa présidente a dit du Conseil que cétait un porte-voix de lEtat. Je pose la question : si lAssociation porte la voix des séparatistes au Maroc, porte la voix du Parti Annahj de la gauche extrémiste, comment peut-elle accuser autrui dêtre un porte-voix à mon avis, lAssociation nest autre que le Parti Annahj Addimocrati masqué en droits de lhomme et par conséquent, il utilise les droits de lhomme pour faire passer ses positions Je crois que le gouvernement est large desprit comment est-il possible que quelquun qui reçoit une lettre du président de la république chimérique et devient porte-voix des séparatistes puisse accuser dautres parties dêtre les porte-voix de lEtat ou du Makhzen » ;
Attendu que, sur la base de ces propos, lassociation susmentionnée demande au Conseil Supérieur de la communication audiovisuelle de :
- « déclarer la SNRT entièrement responsable de toutes les déclarations proférées à lencontre de lassociation plaignante lors de lémission « Hiwar » ;
- avertir la SNRT que les faits et comportements exposés ( ) constituent une violation des engagements qui lui incombent ;
- attirer son attention sur le fait que son attitude constitue un grave manquement aux composantes du cahier des charges et un écart de la responsabilité et de lhonnêteté professionnelle ;
- informer la SNRT que ce quelle a diffusé à loccasion de lémission « Hiwar », dans les interventions du journaliste Jamal Hachem, est considéré comme portant atteinte à la réputation et à lhonneur de lAssociation ;
- ordonner à la SNRT dinviter lAMDH en la personne de son représentant légal, à un journal dinformation officiel du soir ( ) et ce, afin quelle puisse bénéficier du même temps de parole pour répondre à ce qui a été proféré à son encontre lors de ladite émission ;
- ordonner à la SNRT de publier des excuses à lAMDH lors du premier journal dinformation en arabe suivant le jour de la notification de la décision du Conseil ( ) ». A cet effet, lAssociation a joint à sa demande une version du texte desdites excuses ;
Attendu que la SNRT a précisé, dans sa lettre du 22 avril 2009, en réponse à la lettre de la Haute Autorité du 13 avril 2009, que « lAMDH a été citée, lors de lémission « Hiwar », dans le cadre de linterrogation dun journaliste participant à lémission sur la relation entre cette association et le Parti Annahj Addimocrati, ainsi que leurs positions respectives sur le dossier du Sahara, alors que ladite association na pas été évoquée, ni de près ni de loin, dans les réponses de linvité de lémission le président du Conseil Consultatif des Droits de lHomme ou dans les questions de lanimateur de lémission. En conséquence, la chaîne « Al Aoula » décline toute responsabilité à propos de ce qui a été avancé par le journaliste Jamal Hachem sur lAMDH » ;
Attendu que la règle dexpression des courants de pensée et dopinion ne soppose pas à ladoption ni à la diffusion de positions négatives vis-à-vis dune quelconque organisation ou vis-à-vis de ses positions, ses pensées ou son idéologie, quelque soit la nature de son activité, tant que les positions exprimées ne comportent aucune information portant atteinte à lhonneur de lorganisation concernée ou ne sont pas manifestement contraire à la vérité, et tant que lopérateur sabstient de les adopter et préserve lobjectivité et la neutralité de son discours ;
Attendu que lassociation considère le fait de dire quelle porte la voix dautrui est une accusation qui a porté atteinte à son honneur ;
Attendu que les propos susmentionnés, sur lesquels est fondée la demande de lAMDH, expriment la position de leur auteur et cadrent avec la règle dexpression des courants de pensée et dopinion et quils ne portent pas atteinte à lhonneur de lassociation ;
Attendu quil nest pas avéré que lopérateur a failli à ses engagements en termes dobjectivité et de neutralité, tels que prévus par les dispositions de la loi 77.03 relative à la communication audiovisuelle et celles de son cahier des charges ;
Attendu que, au vu de ce qui précède, la demande de lAMDH nest pas fondée juridiquement et quil convient de la rejeter ;
Par ces motifs :
1°) Déclare recevable en la forme la demande de lAssociation Marocaine des Droits Humains (AMDH) contre la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT) ;
2°) Rejette sur le fond la demande de lAMDH contre la SNRT pour défaut de base légale ;
3°) Ordonne la notification de la présente décision à lAMDH et à la SNRT et sa publication au Bulletin officiel.
Délibérée par le Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle lors de sa séance du 15 rajab 1430 (08 juillet 2009), tenue au siège de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle à Rabat, où siégeaient Monsieur Ahmed Ghazali, Président, Madame Naïma El Mcherqui et Messieurs Mohammed Naciri, Salah-Eddine El Ouadie, Mohammed Affaya, El Hassan Bouqentar et Abdelmounïm Kamal, Conseillers.
Pour le Conseil Supérieur
de la Communication Audiovisuelle,
Le Président
Ahmed Ghazali